De quelle Décroissance parle-t-on à l’Université d’été d’Europe-Ecologie ?

Publié le par Ledécroissant

A l’occasion d’une tribune accordée à Yves Cochet par le journal Le Monde, durant l’Université d’été d’Europe-Ecologie, sur le thème de la décroissance, nous souhaitons rappeler ce qui nous sépare de cette vision catastrophiste (mais néanmoins juste) relayée par les médias : nous considérons que la Décroissance n’est pas seulement une situation imposée dont la gestion se limiterait à quelques secteurs, mais bel et bien un projet sociétal souhaitable qui reste à rendre désirable pour tous.

Deux années après son irruption sur la scène politique, l’identité d’Europe-Ecologie fait débat, que ce soit son organisation entre coopérative, confédération ou fédération, situation qui n’est pas sans rappeler celle que nous connaissons dans notre non moins nébuleuse Décroissance ou son programme : croissance verte ou Décroissance ?
Souvenons-nous qu’Europe-Ecologie est le résultat d’un blanc-seing laissé par le parti « Les Verts » à Daniel Cohn-Bendit, en vue des élections européennes, afin de relancer le mouvement, après des résultats électoraux plus que mitigés. Le « contrat  » était simple : donner totale liberté à Dany le caméléon contre la promesse d’obtenir 10 % aux Européennes et maintenir une présence forte d’élus écologistes au parlement européen.
 Ainsi, Cohn-Bendit a réussi – non sans problème du fait de la logique médiatique qui préside à sa carrière politique –  à construire une image d’écologie « moderne », capitaliste et croissanciste, en réunissant des personnalités aussi variées que Yannick Jadot, Eva Joly ou José Bové.

Le cirque médiatique est allé croissant avec les succès électoraux obtenus aux Européennes, puis aux Régionales. Par contre, la question du projet et de l’organisation du mouvement, original du fait de son ouverture affichée vers la société civile et les associations, avait un peu été mise de côté.

Aujourd’hui, le débat est intense tant au niveau du fonctionnement interne que du projet à proposer aux citoyens.

Yves Cochet, député vert et ancien ministre, connu dans le mouvement de la Décroissance pour ses prises de position engagées et sa participation à la revue Entropia, est rejoint par un certain nombre de militants désirant revenir à une pensée plus radicale, loin des slogans démagogiques de l’écotartufferie. Ils mettent en avant la question de la décroissance, de la finitude de la planète, de la raréfaction des ressources naturelles, ainsi qu’un questionnement sur la crise anthropologique que nous vivons, convergence des crises financière, culturelle et démocratique.

Nous ne pouvons qu’approuver ce renouveau d’intérêt, tout en précisant que la Décroissance prônée par notre mouvement a une définition différente de celle donnée par Yves Cochet. Dans son rôle de catastrophiste éclairé, Yves Cochet, en partie à raison, voit en la décroissance, non pas un projet de société, mais quelque chose d’inéluctable : une croissance infinie dans monde fini n’est pas possible, un simple fait à prendre en compte.

Quant à nous, nous souhaitons pousser la réflexion : et s’il était possible de croître indéfiniment, est-ce que cela aurait davantage de sens ? Le « toujours plus » comme projet de société n’est-il pas lui aussi absurde, si une croissance infinie dans un monde fini est une absurdité ? C’est pourquoi nous faisons le choix de la Décroissance, comme nouveau paradigme soutenable et surtout souhaitable.

Avec la Décroissance comme slogan provocateur, mot obus, ouvrons le débat chez Europe-Ecologie et dans la société, autour du mythe de la Croissance, de la religion de l’économie, de la centralité de la valeur travail, du culte de la puissance et du toujours plus, de l’idéologie de compétition, du sens des limites et surtout de la joie de vivre, du bien-être, de la solidarité et de la convivialité.

Certes la décroissance est inéluctable, mais elle est surtout souhaitable car notre mode de vie n’est pas seulement insoutenable, il est aussi absurde. Nous voulons une Décroissance désirable (qui s’écrira au pluriel) non parce que « moins signifie mieux », ce qui serait tout aussi illogique que la pensée actuelle associant plus et mieux, mais parce que la crise multidimensionnelle sans précédent, que nous traversons, nous invite à nous remettre en question.
La Décroissance est ce pas de côté qui nous sort du capitalisme, qui nous permet de nous échapper de sa pensée et de son organisation centralisée autour du profit, de l’individualisme et de l’irresponsabilité collective. Elle est bien davantage que quelques éco-gestes indispensables, comme isoler les bâtiments, ne prendre sa voiture que pour les longues distances et manger « bio », elle implique de repenser notre mode de vie, nos productions, nos déplacements. C’est un chantier immense qui remet en cause tout ce qui a été fondé sur les valeurs de la société croissanciste.

La Décroissance, dans tous les cas, est bien loin des calculs politiques si chers à nos médias, à l’applaudimètre lors de l’université d’Europe-Ecologie, tout comme Yves Cochet, Paul Ariès, le détracteur de Dany, semble bien se tenir.

Parti Pour La Décroissance

 

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