Un jardin de la France en béton armé (1ère partie)

Publié le par Ledécroissant

Pourquoi les arbres tombent dans la ville de Tours ? Encore des arbres abattus dans la ville de Tours [1] ! Pourquoi, en un site classé au patrimoine mondial de l’humanité, les grands arbres tombent-ils encore et toujours ? La question de l’abattage des grands arbres dans les villes apparaît sur la place publique sous la forme de simples problèmes techniques, phytosanitaires ou sécuritaires. C’est ainsi que les « autorités administratives » présentent les choses auprès de leurs « administrés ». Problèmes techniques gérés par des services techniques pour la « sécurité et le bien-être » des habitants, de plus en plus considérés comme des « usagers » de la ville... « Les arbres sont malades il faut les abattre » affirme le service technique en charge du « dossier » environnement de la ville. « Les arbres sont nuisibles à la salubrité publique » affirme le service technique en charge du « dossier sanitaire » de la ville. « Les arbres sont dangereux, ils menacent la sécurité des personnes » affirme le service technique en charge du « dossier sécurité » de la ville. Dans la ville de Tours, les rationalités en série des services techniques ont accéléré brutalement l’élimination des grands arbres de la ville. Le dossier de l’élimination des grands arbres dans la ville est idéologiquement sécurisé, politiquement verrouillé et économiquement bouclé. Littéralement et surtout pratiquement, dans la ville de Tours, ce « Dossier » est en « béton armé ». « Ils sont devenus incompatibles avec les « exigences normales » de modernisation de la ville », affirme le service technique en charge du « dossier » communication de la ville. Pour les services techniques, comme pour la classe politique dans son ensemble, tout est définitivement clair et limpide, une page doit être tournée, « les grands arbres n’ont plus leur place dans la ville » [2] [3]. Mais la ville reste encore aujourd’hui un lieu politique par excellence, et ce serait une erreur grossière de se contenter des multiples aspects techniques présentés par les autorités administratives...

Place nette pour les investisseurs

Aussi peu évident que cela puisse paraître, à tous les points de vue, l’abattage des grands arbres est un problème fondamentalement politique. Et l’accélération de leur élimination dans la ville de Tours véhicule de fait une nouvelle conception de l’urbanisme et de l’homme dans la ville. Le projet est ambitieux, suffisamment exaltant pour unifier l’ensemble de la classe politique en un véritable parti unique « au dessus de tous ». En première analyse sur le plan économique, une sorte de « Roue de la Fortune » a vu le jour dans la machinerie des services techniques de la ville. La chose est devenue limpide ; l’élimination des grands arbres entre dans le cadre global de la privatisation accélérée de l’espace public de la ville. Cette nouvelle orientation générale n’est pas spécifique à la ville de Tours. Elle est un des axes de l’omni-marchandisation, monétarisation et capitalisation de l’espace et du service public, dont la validation politique a été labellisée au niveau national en mai 2007. Standardiser l’espace à vendre implique une perte totale de l’identité de chaque lieu de la ville, une élimination permanente de toute trace du passé et une suppression de toute mémoire collective des habitants. Les grands arbres posent de plus en plus de « problèmes ». Leur espérance de vie, faite pour traverser les siècles, constitue la manifestation permanente de la mémoire des lieux ; désormais incompatible avec les exigences urgentes de la « Modernisation Économique ». Pour l’état-major municipal, l’espace doit pouvoir être rendu utilisable et réutilisable à convenance pour tout investisseur qui se présente. La période de renouvellement de fond en comble de l’espace urbain doit pouvoir être réduite en permanence. Une course de vitesse est lancée à l’échelle nationale et la ville de Tours ne peut plus se permettre de « rester à la traîne ». Conquérir et reconquérir le cœur frivole des investisseurs structure durablement le paradigme général de la classe politique au niveau national, c’est donc aussi celui qui domine et motive l’état-major municipal de la ville de Tours. Le projet politique est déjà bien avancé, les « Dossiers bien ficelés », idéologiquement « en béton armé ». La ville de Tours, consciente de sa mission historique, s’est lancée dans l’abattage des grands arbres. Pour son nouvel objectif d’un Jardin de la France en « béton armé », place nette doit être faite pour les investisseurs ! Comme partout sur le territoire, il s’opère dans une véritable course de vitesse pour la prise de contrôle de l’espace. La ville est devenue durablement un vaste « supermarché » pour investisseurs, un chantier public permanent pour entrepreneurs, où l’abattage des grands arbres doit ne plus poser de problème de conscience... Mais là encore on se trompe grossièrement si l’on en reste à cette simple dimension purement économique.

En permanence des machines en manœuvre dans la ville.

Les « Dossiers » « Bien-être » et « Sécurité » pour encadrer les « Usagers » de la ville sont entre de « bonnes mains ». Une oligarchie technique puissante et motivée, en charge de ces « Dossiers », s’est politiquement autonomisée et fonctionnellement automatisée. En termes techniques et politiques, elle a « les pleins pouvoirs ». Sur la ville de Tours le chantier est devenu permanent. Maîtrisant parfaitement les procédures formelles de la démocratie parlementaire et « participative », l’oligarchie technique agit les « mains libres » et « la conscience tranquille » pour le compte d’une nouvelle formation politique, le « Parti de la Classe Politique Unifiée ». Ce nouveau Parti Unique, « au-dessus de tous » les partis, dirige en coulisse la scène politique dans la ville. Il s’est puissamment organisé et unifié autour du grand projet de la « Modernisation Économique ». A sa cause, il a rallié plus qu’une majorité absolue, l’ensemble de la classe dirigeante s’en est « solidarisée ». Avec une telle unanimité politique, les services techniques autonomisés et automatisés ont « à cœur » d’être à la hauteur de la grande mission qui leur est confiée. Sans relâche ils traquent dans la ville tous les secteurs d’insécurité et toutes les zones d’insalubrité. Éradiquer dans la ville toute menace identifiée, la liste est déjà longue des arbres déjà abattus et des arbres à arracher, le carnet de commande se remplit sans cesse de chantiers à engager... « Sans l’ombre d’un doute » les grands arbres de la ville ont été très rapidement identifiés comme « ennemis du peuple », « à abattre de toute urgence ». Alors les engins de chantier sont en permanence en manœuvre dans la ville. Artificialisation et stérilisation de l’espace public, l’oligarchie technique est consciente de sa mission de sécurisation de la population. L’élimination des grands arbres identifiés « nuisibles », s’impose pour protéger les « Usagers » de la ville. L’oligarchie technique sécurisée par sa « pensée unique » et « l’unanimisme » de la classe politique, s’active d’arrache-pied dans la réalisation de sa mission. Alors les chantiers succèdent aux chantiers, les rues éventrées aux rues éventrées, les gravats aux gravats, les grands arbres arrachés aux arbres abattus, la mitraille des marteaux piqueurs aux rugissements des tronçonneuses ; le vacarme est incessant dans la ville. Quand la mitraille des marteaux piqueurs a cessé rue du 11 novembre, le rugissement des tronçonneuses reprend de plus belle rue du 8 mai, aucun armistice, plus aucune trêve n’est accordée à la population... Partout des engins de chantier en patrouille dans la ville... La strate arborescente de la ville de Tours est en train d’être anéantie devant les yeux des pauvres gens, définitivement dépossédés de leur ville, pour leur « bien-être sécurisé », par les engins de chantier. La puissance de feu infernale pour détruire les grands arbres dans la ville est-elle seulement dirigée contre la nature ou est-elle aussi dirigée contre la population ? Quelle signification donner à cette dépense colossale d’énergie pour détruire la nature dans la ville ?

« L’ignorance c’est la force »

Il est fort probable qu’une bonne partie des membres de l’état-major municipal et des services techniques, ne soupçonne pas le moins du monde la portée politique et la signification symbolique de l’abattage des grands arbres dans la ville. Une « Main Invisible », planant « au-dessus de tous » les partis, semble avoir agi pour réconcilier la classe politique, assurer l’unanimité autour des grands chantiers. Une « Pensée Unique » a soudain accéléré l’élimination des grands arbres. Le mobile du crime réel, sa portée politique et sa signification symbolique ont disparu dans la dynamique des « dossiers » techniques et des procédures formelles de décision destinées à faire « avancer les dossiers ». La privatisation de l’espace public n’apparaît pas non plus dans les discussions ou les procès verbaux. « La Main Invisible » du « Marché », qui a présidé à la réunification de la classe politique, est favorable aussi à la pérennité de « La Pensée Unique ». Dans les « dossiers » techniques, l’élimination des grands arbres apparaît sous forme abstraite et consensuelle : « Rénovation », « Requalification » « mise et remise en conformité » « Sécurisation » « Modernisation économique »... Chacun est à son poste de travail et les « Dossiers » avancent comme sur une chaîne de fabrication industrielle. Dans cette usine automatisée de « décisions en chaîne », un « élu Vert » a innocemment tenté d’arrêter la machine des « mises à mort » expéditives. Mais lui-même n’était pas bien conscient de la signification politique de l’abattage des grands arbres de la ville [4]. Des grands arbres, il en tombe partout. Dans l’effondrement général et accéléré de la biodiversité il y a peut-être des combats « plus prioritaires ». Partout dans le monde et en France il y a des grands arbres qui tombent. Alors pourquoi se battre pour quelques « vieux platanes malades » dans une ville de province qui a simplement « l’honnête » prétention de vouloir monter en « première classe » du « TGV » de la « Modernisation économique » ? L’abattage des grands arbres, pièce maîtresse du grand projet, impose par son accélération brutale, la résignation de ceux qui doutent encore et unifient la classe politique en un grand parti. Homogénéisation des modes de pensées, « La Main Invisible » du « Marché » agit avec une efficacité insoupçonnée. D’une « main protectrice » elle ramène les « brebis égarées » à la raison économique. Elle sait délicatement effacer les doutes et fait régner la paix dans les consciences des « élus du peuple ». La classe politique est ainsi solidarisée en un parti unique. « L’ignorance c’est la force » [5] du parti unique de la « Modernisation Économique »

Un jumelage entre villes à travers les âges

La ville de Tours ne veut pas « rester à la traîne ». Elle révise ses classiques pour entrer de plain-pied dans « La Modernisation économique ». Tous les atouts sont maintenant dans son jeu. Union sacrée de la classe politique, Parti Unique, guide suprême clairvoyant et omniprésent, sont des préalables indispensables à la mise en œuvre du grand projet. Et avec la « logistique » d’une machinerie technico-bureaucratique à la pointe du Progrès, la ville de Tours fait siennes et applique les vielles recettes du siècle passé... Les pigeons de la ville furent exterminés. Puis ce fut le tour des chiens d’être pourchassés et éliminés. L’argumentaire avancé par les autorités de cette ville lointaine était, au mot près, exactement le même que celui du monsieur ou de la madame « environnement » de la ville de Tours. Sanitaire et sécuritaire, salubrité publique et protection de la population, « bien-être et sécurité », ont mis en branle de puissants engins motorisés dans la ville... Mais la véritable cible, visée par les autorités, était l’homme [6]. L’histoire s’est passée au siècle dernier de l’autre côté du « Rideau de Fer ». Cette année là, le Printemps à Prague fut suivi d’un été chaud, agité et tourmenté. Puis l’hiver qui suivi, fut glacial et prolongé, véritablement sibérien... En Europe occidentale on ne s’attaque plus, aussi facilement, aux animaux. Il y a des sociétés protectrices pour « nos millions d’amis ». Et surtout les « animaux domestiques » représentent un marché fabuleux, exemplaire et multimilliardaire à tous les points de vue, déjà massivement investi par les investisseurs... La chute du « Rideau de Fer » semble avoir eu des répercussions jusque dans la ville de Tours. Cette communauté de pensée, dans la lettre et dans l’esprit, est troublante. L’universalisme de ce mode de pensée à travers les âges et par dessus les régimes politiques doit certainement avoir une signification politique. Démonstration de force brutale, bouclage des rues, engins motorisés occupant la ville, puissance de feu colossale, symbolique de mort ostentatoire... Si cette communauté de pensée et de méthode n’est pas fortuite, alors l’abattage des grands arbres ne doit plus être accepté comme un simple problème technique. Quel est l’auteur véritable qui se cache et avance derrière ces grands massacres ?

Un autre « Atelier du Monde » dans la Région Centre

Grands projets, grands chantiers, la ville de Tours est devenue en France un modèle exemplaire de croissance à la chinoise. La promotion en l’an 2000 du Val de Loire au patrimoine mondial de l’humanité semble avoir donné le coup d’envoi des grands chantiers de « modernisation économique ». Mais en réalité le Grand Projet était déjà pensé de longue date, il n’attendait plus qu’une conjoncture politique favorable pour faire surface et s’imposer à la population. « Le Tours de l’An 2000 » est aujourd’hui en construction accélérée. Le projet du grand visionnaire [7] des années 1980 se réalise à la vitesse grand V au-delà même de toutes ses espérances. Le grand visionnaire avait aussi la carrure d’un grand timonier. Mais en son temps, pour devenir un « Grand Bâtisseur », il lui manquait l’arme suprême dont dispose son successeur à la direction de la ville de Tours, un parti unique de la classe politique. C’est chose faite avec ce Parti de la Classe Politique Unifiée. Alors les grands chantiers, comme en Chine, envahissent la ville et colonisent tous les terrains en périphérie. Partout, les arbres tombent, le béton et le bitume coulent à flot, et les espaces naturels disparaissent sous un monde où triomphent la circulation automobile et les supermarchés... « Miracle » économique à la chinoise et désastre écologique à la chinoise, peut-on deviner le sort réservé à la population dans ce projet grandiose de « ville de l’an 2000 » ? Plus aucune limite ne semble pouvoir venir entraver la mise en œuvre des visionnaires de la « Modernisation économique », aucune force politique n’est plus en mesure de s’opposer au PCPU. A tous points de vue, aujourd’hui, le Pays du Milieu est battu à plate couture par La Région Centre, sur le plan politique et économique, et surtout sur le désastre écologique... Une mégalopole d’un million d’habitants ou plus exactement « d’usagers » de la ville est en construction accélérée. Le projet du PCPU est grandiose, à faite pâlir d’envie le PCC, son homologue chinois. Dans un Grand Bond en avant, la ville de Tours libre, sous la clairvoyance de son omniprésent grand timonier, s’active pour s’assurer un gisement de plus de 10.000 nouveaux habitants par an. La création d’un « bassin de population » captive réduite dans un nouveau statut « d’usager » de la ville, active partout les engins de chantier. Une dépense d’énergie colossale pour promouvoir un système urbain concentrationnaire et s’assurer une population captive confinée dans un statut de clients permanents des supermarchés... Un hypermarché de consommateurs pour supermarché d’investisseurs... Est-ce pour cela que les grands arbres tombent encore dans la ville de Tours ?

Dans un jardin privé un écureuil est apparu.

Si les grands arbres tombent sans cesse, dans la ville c’est aussi la faune sauvage qu’ils abritent qui se trouve à son tour précarisé. Une habitante du quartier a vu un écureuil dans son jardin. « C’est la première fois depuis trente ans que je vois un écureuil sur mon cerisier » « Il n’était même pas à trois mètres de moi... » « L’animal semblait inquiet. » Peut-être poursuivi par un chat. Mais pour cette dame la chose claire, sa présence dans son arbre, est certainement en relation avec l’abattage des soixante-cinq platanes du boulevard Tonnellé... D’arbres en arbres, le territoire de cet écureuil de la ville était immense, insoupçonnable. Le voici maintenant « sans domicile », sans voie aérienne de passage. Son territoire a soudain été amputé de plusieurs hectares. Combien sont-ils dans son cas ? Combien ont perdu leurs habitats, violemment expulsés par les engins de chantiers ? Combien sont morts ? Et combien condamnés à circuler à terre vont mourir écrasés ? Les conséquences écologiques de ce massacre, commandité par l’état-major municipal, dépassent largement l’abattage des grands arbres et doivent concerner d’autres populations animales que les écureuils. Si les oiseaux qui n’hibernent pas fuient sans difficulté par la voie des airs, qu’en est-il des chiroptères [8] ? Qu’en est-il de l’entomofaune [9] spécifiques de ces grands arbres ? Mais dans le désastre général, dans l’effondrement global et accéléré de la biodiversité, le massacre commandité par l’état-major de la ville peut encore apparaître comme négligeable dans le tableau d’ensemble : une goutte d’eau dans l’océan du désastre. Somme toute, ce qui s’est passé dans la ville de Tours en janvier 2009 n’est pas pire que ce qui se passe partout ailleurs ; la « routine » dans la gestion d’une ville... Le désastre banalise le désastre... Tout paraissait silencieux quand les engins de chantier sont arrivés sur les lieux. Aucun cri de frayeur, aucun animal ne s’est manifesté. Avant l’abattage des arbres, tous les animaux qui pouvaient fuir avaient fui, ceux en hibernation étaient inconscients de ce qui se tramait. Avant le « massacre », le silence... En l’an 2000 la ville de Tours s’est vue gratifiée de fait d’une labellisation écologique internationale avec l’inscription du Val de Loire au patrimoine mondial de l’humanité, et c’est dès cette époque que le saccage du patrimoine paysager et historique a commencé. En janvier 2009 un écureuil a fait son apparition dans un jardin privé... Comment interpréter, en ce lieu inhabituel, cette apparition ? Certainement pas une prolifération de cette espèce. Correspond-elle à la disparition de son habitat ou à la destruction d’un « corridor écologique » spécifique à cette espèce animale ? Si tel est le cas, la population des écureuils de la ville de Tours devra opérer un repli stratégique de survie définitif sur les rares jardins publics hérités des siècles passés. La suppression des allées de grands arbres de la strate arborescente transforme les jardins publics en des camps de réfugiés pour la population des écureuils survivants du désastre, ou en camp de concentration, sans aucun espoir d’en sortir. Autour de ces camps, la circulation automobile mène la garde, impitoyable envers les animaux qui tentent de fuir par voie de terre. Sur la ville de Tours un parti unique au-dessus de tous règne sans partage, c’est celui de la « Modernisation économique ». Il accélère la prise de contrôle des terrains et la privatisation de l’espace public. Dans la ville de Tours des populations d’écureuils dépossédées de leur habitat sont en perdition. Sont-ils les seuls à être ainsi dépossédés par les engins de chantier ? Le sort de ces animaux est-il prémonitoire de celui réservé aux habitants de la ville ? En attendant, ne coupez pas vos grands arbres dans vos jardins, ils recueilleront bientôt tous les réfugiés politiques de la « Modernisation Économique »...

Une Amérique et des Indiens toujours à portée de main.

L’histoire du développement économique est d’une lamentable simplicité et d’une exemplaire cruauté. Une histoire d’Indiens à plumer ou à massacrer, une histoire de pauvres gens à spolier ou à dépouiller. Le vocabulaire change à chaque époque, mais la même histoire se répète, inlassablement inchangée. Le capitalisme est en « crise », c’est-à-dire qu’il est à la recherche d’indiens à massacrer ou de pauvres gens à dépouiller. C’est dans une sorte de perpétuelle « Conquête de l’Ouest » que le capitalisme recherche sans cesse une nouvelle « Découverte de l’Amérique », dans tous les sens du terme. Dans cette recherche obsessionnelle de « L’Amérique », le développement économique dans la ville retrouve un nouveau souffle. Avec la victoire au niveau national des « Grands Chantiers » validés par « Grenelle de l’Environnement », le nouveau parti unique de la classe politique prend un nouvel élan, pour une plus profonde reconquête du territoire. C’est pour cela que les arbres tombent, et que tombent encore et toujours plus vite les arbres dans la ville de Tours comme dans toute la France. Un symptôme pathognomonique de la prise de pouvoir du parti unique pour le « développement économique ». Le marché est global. Au niveau national, toutes les villes sont en compétition pour conquérir les cœurs sensibles frivoles des investisseurs et les engins de chantier sont partout en action... Au niveau national, pour l’état-major général de la France, la chose est claire depuis longtemps. Le territoire est sur le marché mondial. La France n’est plus à défendre, elle est à vendre ! On peut sans crainte licencier l’armée de terre qui occupe inutilement des milliers et des milliers d’hectares à vendre. On peut sans crainte opérer des « compressions de personnels » drastiques ; les chars et les soldats sont totalement inutiles et incompétents pour défendre les grands arbres et le territoire contre les investisseurs et leurs engins de chantier maintenant acclamés par la classe politique comme des sauveurs. Du libéralisme de gauche à l’ultralibéralisme de droite, l’ensemble de la classe politique s’est mobilisée « comme un seul homme » à la recherche d’investisseurs. Sous l’autorité suprême du Parti de « La Main Invisible », partout elle organise la mise en vente du territoire. Aussi inimaginable que cela puisse paraître, la lutte pour la préservation des grands arbres et des espaces naturels est devenue aujourd’hui, la véritable défense du territoire. Dans cette course frénétique pour la mise en vente du territoire, l’abattage des grands arbres fait de nous des nouveaux Indiens. On ne le soupçonne peut-être pas suffisamment, mais, sur le plan historique, c’est exactement un véritable renouvellement d’une lutte d’Indiens pour préserver leur territoire qui est engagé contre la machinerie politico-économique du « Marché » aujourd’hui mondialisé. Avec le même niveau d’impuissance que celui des Indiens d’Amazonie, la population en France regarde et subit les démonstrations de force de l’administration, les parades meurtrières des engins de chantiers, et l’abattage insensé des grands arbres sur leur propre territoire. De nombreuses associations de protection des arbres sont mobilisées et mènent une lutte désespérée pour sauver encore des alignements d’arbres et les arbres vénérables [10]. Mais les « impératifs économiques ou sécuritaires » étayent et réactivent en permanence la même logique totalitaire et unificatrice des partis politiques et de l’administration. Des millions d’arbres centenaires ont été sacrifiés sur l’autel de la « Sécurité Routière ». Mais c’est aussi et surtout pour l’édification du monde de la circulation automobile [11] et le triomphe du véhicule tout-terrain du processus totalitaire [12] Et le massacre continue avec une intensification perpétuelle exactement selon une loi exponentielle. La nouveauté qui illustre la toute cruauté de l’administration, c’est que ces abattages continuent au moment même où « l’effondrement de la biodiversité » est devenu une réalité connue de tout le monde. Que deviendrons-nous quand les derniers grands arbres auront été abattus ? Y aura-t-il encore, dans la classe politique, une Controverse de Valladolid pour statuer sur notre sort ? Mais déjà, avec âme ou sans âme, devant la toute puissance de feu des machines, nous en sommes tous réduits à n’être plus que des Indiens...

Le « Bien-être sécuritaire » pour tous, avant tout...

La course de vitesse pour la privatisation de l’espace public, l’accélération du renouvellement de la ville par le chantier permanent ne se fait seulement contre le temps et pour l’argent par la multiplication des marchés publics. L’abattage des grands arbres va beaucoup plus loin, par les nombreux aspects écologiques, politiques et historiques qu’il implique. Par la suppression de toute identité des lieux de vie dans la ville et par la destruction perpétuelle de toute trace historique du passé, l’élimination des grands arbres est un travail sur la mémoire collective des habitants de la ville. La course de vitesse dépasse donc les dimensions des sordides affaires mafieuses des « marchés publics » et de spéculations sur les terrains publics ; elle est aussi explicitement engagée contre les hommes. Que doit-on y voir dans ce travail destructeur sur la mémoire ? S’agit-il d’une forme nouvelle de précarisation permanente de la population ? Est-elle une nouvelle ligne de force d’un processus totalitaire, de redéfinition du statut des hommes dans la ville ? « Qui contrôle le passé contrôle le futur, et, qui contrôle le présent contrôle le passé » [13] : c’est ainsi que s’énonce le programme général du processus totalitaire. Émancipé depuis longtemps de tous ses oripeaux idéologiques et historiques, ce processus s’exprime aujourd’hui librement dans la série interminable des rationalités techniques et économiques. Elles peuvent s’afficher de manière ostentatoire sans mauvaise conscience et deviennent le nouveau véhicule tout-terrain du totalitarisme ! La chose n’est pas forcément évidente aujourd’hui. La satisfaction et la valorisation de ces nouvelles divinités de la rationalité : Sécurité, Hygiène, Propreté, Salubrité Publique, Nettoyage, Rénovation, Innovation, « Bien-Être », relèvent à la fois, de manière très intriquée, de la publicité qui travaille sur le principe de plaisir et de la propagande officielle qui, d’autorité, organise le principe de réalité. Devenue préoccupation quotidienne quasiment obsessionnelle des autorités municipales, la satisfaction de ces divinités active en permanence les chantiers publics dans la ville. Le totalitarisme modernisé s’exprime et agit en toute liberté comme une « Main invisible » « au-dessus de tous » les partis de la classe politique réunifiée. Dans La Presse Officielle, il se présente comme une « palette multicolore » et pétillante de spots publicitaires pour la « protection » et le « bien-être » des « usagers » de la ville. Une publicité ou une communication qui se charge en permanence de « paver l’enfer de bonnes intentions ». Sous les louanges des agences publicitaires de la ville, les engins de chantier sont maintenant librement en action, et les arbres tombent dans la ville de Tours.

Tours, Janvier 2009


[1] Lettre ouverte - LPO Délégation Touraine

[2] « Tours info » N° 103 décembre 2008

[3] Nouvelle République, mercredi du 3/12/ 2008

[4] J’ai eu une discussion soutenue avec l’élu Vert de Tours. Il m’a fait comprendre que l’ensemble de la classe politique est pour l’abattage des grands arbres. Mais à ma grande surprise il m’a demandé de lui fournir des arguments contre ces abattages...

[5] Georges Orwell « 1984 » Ed. Gallimard 1950

[6] Milan Kundera « L’insoutenable légèreté de l’être » Ed Gallimard 1984.

[7] Jean Royer (politique) - Wikipédia

[8] http://www.museum-bourges.net/arbres.pdf

[9] http://www.unine.ch/cscf/DOWNLOAD/vieux_arbres.pdf

[10] http://www.arbresetroutes.org/liens/index.html

[11] Le Monde, mardi 13 avril 2004 « L’arbre qui tue. » « Des 3 millions de platanes, érables et peuplier qui bordaient les routes au début du XXème siècle, il n’en reste que 400 000. Tenus pour responsables de 750 morts par an, ils ont des adversaires acharnés. Et quelques défenseurs »

[12] Serekian | Carfree France « Quand la voiture devient automobile... ».

[13] Georges Orwell « 1984 » Ed. Gallimard 1950. La lecture de ce livre peut vous aider à comprendre pourquoi les arbres tombent dans la ville de Tours.

Source : http://www.decroissance.info/

Publié dans Décroissance Story

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