Décroissance, vous avez dit décroissance ?

Publié le par Ledécroissant

Michel MENGNEAU

Avec la crise financière une évidence s’impose, les pays européens et les Etats-Unis sont engagés dans une sorte de récession apparente qui occasionne une baisse de leurs croissances économique, ce qui pourrait être considérée comme une forme de décroissance. Pourtant les grandes multinationales n’ont jamais dégagé autant de bénéfices et affichent des santés financières fleurissantes. Ce paradoxe s’explique avec la mondialisation qui a déplacée la croissance vers certains pays émergeants, en particulier la Chine et l’Inde, et probablement à un niveau moindre au Brésil. Donc se faux-semblant de récession ne touche pas le système capitaliste sur ses fondements, principe qu’il serait plus approprier d’appeler « capitalo-spéculatif » -l’expression n’est pas belle, mais, comme cette conception de la société n’attire pas le respect, pourquoi ne pas la qualifier avec cette dénomination significative.


Par conséquence, le productivisme à tout va du capitalo-spéculatif ne profite en réalité qu’à enrichir le bas de laine de quelques privilégiés, perpétue et accentue l’esclavage moderne, tout en utilisant des pis-aller écologiques au service d’une productivité encore plus destructive. C’est pourquoi la remise en cause de ce principe et la recherche d’une forme de décroissance et le partage des richesses pour les pays développés s’avère de plus en plus nécessaire.


Certains appelleront cela : « décroissance soutenable », on pense à Paul Aries, Vincent Cheynet et quelques autres qui préfèrent cette expression, pour notre part le terme Décroissance dans sa simplicité nous semble suffisant. Ce qui implique une autre conception de la société, dans laquelle la consommation à tout prix de biens matériels ne sera plus une priorité, mais simplement au service du bien-être nécessaire de chaque humain (dans le nécessaire sont aussi inclus les plaisirs conduisant à la joie de vivre).

Tout de suite beaucoup vont dire : « Tiens, voila encore un petit malin qui veut que l’on retourne à la charrette à bras et qui sans complexe se sert de l’ordinateur pour écrire son article ! Et d’ajouter : « Eh, le frigo qu’est-ce que t’en fait ? ».


Certes, la problématique semble paradoxale ! Et c’est bien là qu’il y a matière à réflexion. A l’évidence, il ne s’agit pas en aucune manière de vouloir remettre en cause et nier inconditionnellement les avancées technologiques, mais de savoir ce qu’elles peuvent véritablement nous apporter, comment les utiliser, comment les gérer, comment les adapter aux usages servant le bien vivre des humains sans qu’elles détruisent irrémédiablement l’équilibre écologique instable de la planète. En vérité, sortir de la techno-science au service du consumérisme pour aller vers une science au service de l’humain.


En épuisant chaque jour de plus en plus les ressources de la terre, on constate inéluctablement que celle-ci est un produit fini dont les réserves ne sont pas infinies. Par conséquence, la prise de conscience actuelle et déjà un peu tardive sur cette notion, par les peuples, quelques politiques, puis le réchauffement climatique auquel la suractivité humaine n’est pas entièrement étrangère quoiqu’en disent les « climato-sceptique », nous pose question sur la justification d’une croissance exponentielle. Car l’on sait que 20% de la population mondiale utilise 80% des ressources naturelles. Et comme il n’y a aucune raison à ce que les 80% délaissé ne puisse vivre avec la même soi-disant qualité de vie que les 20% de nantis, nous allons donc dans un mur. Ce qui, en faisant abstraction des dégâts écologiques déjà prévisibles, peut aussi conduire à des conflits d’intérêts importants entre les populations. C’est donc aux favorisés de faire un effort et d’envisager leurs habitudes différemment afin de construire une société mieux répartie, et par conséquence de ne plus concevoir la productivité et le profit comme des priorités obsessionnelles.


Le premier constat est celui des matières premières issues des énergies fossiles. Nous vient donc tout de suite à l’esprit la raréfaction du pétrole tant cela inquiète le monde capitaliste, néanmoins, la plupart des minerais sont à la même enseigne. Particulièrement l’Uranium qui est un minerai rare et dont déjà l’on estime les réserves aux alentours de 55 ans. Si sous prétexte que le nucléaire n’émettant pas de rejet polluant l’on augmente les capacités de production, le prétendu bien fondé de la crédibilité, de la pérennité de ce genre de générateur d’énergie sera à reconsidérer sous peu. Tous ceci sans parler du danger potentiel des centrales nucléaires et de leurs récurrents problèmes de déchets.


Normalement la Nature qui fait bien les choses se régénère naturellement et aussi s’adapte parfois à certains changements biologiques, mais avec l’accélération industrielle des 50 dernières années, elle ne suit plus, elle est totalement dépassée pas un besoin de croissance qui n’est pas forcément un impondérable existentiel, voire vitale. Donc, avec un regard plus prospectif, il va falloir chercher ailleurs des solutions.

Très conventionnels, pour ne pas faire disparaître les habitudes de consommations à tout va du tout un chacun, cela afin de préserver le système ultra-capitaliste actuel, nos politiciens traditionalistes conseillés par des technocrates à courte vue ont pondu le concept du « développement durable ».


Pour ne pas rompre le cycle de productivité infernale dans lequel nous sommes entrés, il suffira de continuer dans cette voie en tentant de préserver la planète par des solutions, disons écologiques dans certains cas, et dans beaucoup, prétendues écologiques. Chacun ira de sa petite éolienne, de son capteur solaire, de sa maison à l’isolation hyper performante, etc., sans que cela apporte véritablement un changement efficient de façon planétaire ; toutefois, ces avancées technologiques au service de l’écologie ne sont pas à négliger en les insérant dans un contexte véritablement anti-productiviste. Toutefois, le leurre le plus funeste serait de croire que le scientisme résoudra tout.


Si l’idée d’utiliser les surplus agricoles pour produire des carburants peut sembler intéressante dans cette optique seulement, le pire pour les agro-carburants sera l’utilisation de la terre nourricière dans le seul but de faire avancer les bagnoles. Pourtant c’est ce qui semblent une priorité pour les sphères économiques étasuniennes et européennes tant leurs rapports spéculatifs semblent être juteux, mais qui risquent dans la conception que l’on veut nous proposer de créer des formes de pollutions non contrôlées, et des problèmes planétaires de malnutrition. Pollutions dues aux engrais, pesticides, arrosages intempestifs, et n’oublions pas la prolifération des OGM qui est plus que jamais un débat du jour, qui ne se poserait d’ailleurs pas en en sortant de l’agro-business. Si certaines de ses solutions ne sont pas à rejeter, au contraire, pour que leurs efficacités soient péremptoires elles doivent être liées à une consommation moindre. Par exemple diminuer considérablement le parc automobile et favoriser la collectivisation des transports, impliquant naturellement une remise en cause du chacun pour soi.


Il s’agit donc bien de Décroissance et non pas de développement durable qui ressemble plus à une « fumisterie » qu’à une vue prévisionnelle sensée et à long terme de notre avenir.

L’écologie est l’un des maillons des solutions qui nous permettrons de sauvegarder notre planète, mais l’on doit donner la priorité avant tout à des valeurs humanistes et non à une société basée que sur un système économique « ultralibéral » dont le but est d’engranger le maximum de profit. Donc déjà un nouveau regard sur notre vie de tous les jours, nos habitudes de consommations, notre rapport trop individualiste envers le monde environnant ouvriront la porte à une nouvelle conception du monde de demain.


Cela implique une politique nouvelle où les richesses seraient mieux réparties, donc : plus de services publics, une vue différente sur les moyens de transport, l’eau déclarée Bien commun de l’Humanité avec une exploitation gérée par la collectivité citoyenne, et non dans les seules mains des sociétés multinationales ; un recyclage des déchets géré aussi par les collectivités ( méthanisation locale en parallèle de la masse à la diminution de ceux-ci, par exemple) ; une conception de l’agriculture moins tourné vers la productivité ; des moyens importants donnés à une recherche dont les objectifs ne seraient plus spéculatifs (problèmes liés aux brevets comme le risque inhérent au nanotechnologies, entre autres) ; une localisation de petites unités de « fabrication » (la notion de fabrication est essentielle pour bien faire la différence avec le fait de produire) autogérées et liées à plus de diversités pour favoriser la proximité ; une approche anti-productiviste de l’espace urbain permettant aussi au rural de ne plus être le délaissé de l’aménagement des territoires (ralentir la ville et le rejet des métropoles globales étant une priorité) ; banque coopératives, locales et non spéculatives, etc.


Dans un concept sociétal différent : moins de biens, plus de lien, nous devons aller plus loin que la notion de besoins en privilégiant l’usage que l’on favorisera au détriment du mésusage. C’est l’exemple de l’eau de la piscine surtaxée, alors que l’eau utilisée pour les usages indispensables sera au moindre coût. Naturellement, ce principe doit ce concevoir dans une société où les écarts de revenus seront planifiés de manière à ne pas créer encore plus de déséquilibres….

C’est donc à nous de réfléchir et d’ouvrir la voie à une nouvelle conception de la société, une décroissance qui ne sera pas qu’un concept économique, d’ailleurs même hors des théories économiques traditionnelles, un autre art de vivre, et ceci doit se concrétiser d’abord par une opposition au productivisme du système capitalo-spéculatif actuel.

 

Michel MENGNEAU

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